lundi 20 mai 2013

Provins

Depuis le temps que j'en entendais parler, j'ai enfin visité la cité médiévale de Provins. La ville est facilement accessible en transports en commun à partir de Paris. Il faut compter environ 1h25 de TER, direct entre Gare de l'Est et Provins. Le tarif est celui d'un voyage en zone 5, soit 11,50 euros le trajet, mais avec le dézonage du pass Navigo le week-end et les jours fériés, c'est gratuit ! Ne soyez pas étonné, en gare de Longueville, le train stationne un moment, puis repart dans l'autre sens pour desservir les dernière gares avant Provins.

La gare de Provins est à dix minutes à pied de la cité médiévale. Il n'est donc absolument pas utile de prendre la navette payante proposée en haute saison (30 mars au 31 octobre, samedi, dimanche et jours fériés). Cependant, si vous effectuez votre visite avec des personnes ayant des difficultés pour marcher, celle-ci peut se révéler utile car les pavés sont irréguliers, les escaliers nombreux et les rues à forte déclivité.

L'office du Tourisme propose un pass de visites qui donne accès à la Tour César, à la Grange aux Dîmes, aux souterrains et le Musée de Provins et du Pays Provinois. Ce pass permet également de bénéficier de réductions pour les spectacles et d'avantages dans les magasins partenaires. Il est valable un an et offre la possibilité d'entrer aux châteaux de Vaux-le-Vicomte et de Fontainebleau à un tarif préférentiel. Il coûte 11,50 euros (détail des tarifs ici).

Lors de ma visite, la cité était très paisible le matin. Nous avons d'abord visité la collégiale Saint-Quiriace, érigée sous Philippe le Bel (XIIème siècle) et qui ne fut jamais achevée. Jeanne d’Arc y assista à une messe en compagnie du roi Charles VII, au retour de son sacre à Reims. Nous avons ensuite acheté notre pass de visites à la tour César et visité celle-ci. Il s'agit d'un donjon octogonal bâti au XIIème siècle par les comtes de Champagne pour assoir leur puissance. Elle servit à la fois de prison, de tour de guet ou de refuge. Pour accéder à la salle des garde, le cœur du donjon, on passe par un escalier obscur et on est accueilli par des bruits d'armes, des portes qui claquent et des murmures, rendant l'arrivée impressionnante (lorsqu'il n'y a personne avec vous, ce qui était notre cas). Les sons proviennent d'une projection vidéo qui anime les murs de la salle avec des illustrations de scènes de vie. Après avoir parcouru tous les recoins, et traversé la "luxueuse" chambre du gouverneur avec cheminée et latrines privées, on monte jusqu'au chemin de ronde qui offre une magnifique vue panoramique sur la ville et les campagnes alentours. On accède ensuite au clocher par un escalier particulièrement étroit, aux marches très hautes et irrégulières pour découvrir une sublime charpente du XVIème et XVIIème siècle qui abritent les cloches de la collégiale Saint-Quiriace. Attention quand elles sonnent, ça surprend ! Le parcours se termine par la cave, haute salle où étaient stockés les vivres.




Comme on nous l'avais conseillé, nous sommes allés réserver un créneau de visite pour les souterrains, plus tard dans l'après-midi et nous somme retournés Place du Châtel au cœur de la ville haute pour déjeuner. Nous avons choisi la Table Saint-Jean, un peu à l'écart. Nous avons choisi le menu Saint-Jean à 17,90 euros, avec un cocktail offert grâce au pass de visite. La salle est sombre et rappelle les décors médiévaux, le service est rapide et aimable, la cuisine est agréable, avec un coup de cœur pour le pain perdu au caramel au beurre salé en dessert. Il est à se damner ! 

Nous avons ensuite immédiatement enchaîné par la visite de la Grange aux Dîmes, juste en face du restaurant. C'est un parcours audio-guidé qui retrace en une dizaine de saynètes, les métiers du moyen-âge et le déroulement des grandes foires de Champagne. C'est un parcours très instructif, les commentaires sont vivants et très intéressants. Si vous ne visitez qu'un site, je vous conseille vivement celui-là. Nous avons ensuite poursuivi notre chemin jusqu'aux remparts. Il est possible d'y monter sur de courtes sections. On y fait beaucoup travailler ses mollets mais la vue sur la campagne est très belle. C'est là qu'ont lieu les spectacles médiévaux. Je n'en ai vu aucun et je le regrette un peu. Ce sera peut-être l'occasion d'une nouvelle visite. En descendant vers la place Châtel, je conseille vivement la librairie médiévale à tous les fondus de cette époque. A la Maison du Terroir et de l'Artisanat, il est possible de se faire photographier gratuitement en costume médiéval à l'Echoppe des Templiers ou de se laisser tenter par les très belles poteries réalisées par René Chevallier. Le Musée de Provins et du Pays Provinois est anecdotique. Il peut être intéressant d'y faire un saut, notamment pour y voir une belle collection de carreaux de pavement, mais pas indispensable.

Nous avons conclu notre découverte de Provins en descendant dans ses souterrains. On ne s'y promène qu'avec un guide et les groupes sont limités à 25 personnes. Nous étions 7 avec le guide et j'imagine mal comment la visite peut être intéressante lorsqu'on est plus nombreux. Seuls 250m de boyaux sont visitables, et la ballade se fait à la lumière de la lampe torche du guide. Certaines écritures ou "salles" sont éclairées à la fibre optique. Malgré tous les efforts de notre guide pour rendre la visite interactive et ludique, j'ai trouvé la descente sans intérêt. On y apprend tout de même qu'ils devaient être exploités en tant que carrières pour y extraire la terre à foulon. Au Moyen-Age, Provins avait une très importante production de drap de laine, dont la qualité était reconnue au-delà de nos frontières. Cette terre servait aux opérations de foulage (nettoyage et dégraissage de la laine). Mais tout le reste n'est que "on dit" et spéculations en tous genres. Au fur et à mesure qu'on avance dans les souterrains, il y fait de plus en plus froid. Prévoir une petite laine donc. La visite débute et se termine sur de magnifiques salles basses voûtées (visibles aussi à la Grange aux Dîmes) qui servaient d'hôpital, de refuge pour les pauvres, de lieu de stockage ou de "show room" pour les marchants participant aux foires de Champagne.





Office du Tourisme de la Ville de Provins
Chemin de Villecran à Provins (77482)
Tél. : 01 64 60 26 26 
www.provins.net

lundi 13 mai 2013

La Ville Blanche

Le restaurant la Ville Blanche, près de Lannion (22) est probablement mon restaurant préféré. J'y suis allée 6 à 7 fois, je pense, sur les 15 dernières années et je n'ai absolument jamais été déçue.

Le restaurant porte le nom d'un village le long de la départementale 786 en pleine campagne Bretonne. Dans la grande maison, j'ai été surprise de découvrir le nouveau décor résolument plus "trendy" qu'elle arbore depuis le mois de février. J'avoue regretter avec nostalgie, les anciennes couleurs chaleureuses et l'entrée "comme à la maison", qui ont été remplacées par un grand lustre clinquant dans l'entrée, et des tonalités grises. Mais la nouvelle décoration faîte avec goût. La maitresse de maison reçoit toujours avec la même chaleur, bien qu'elle souffrait d'une extinction de voix lors de ma dernière visite, et le service est irréprochable sans être guindé.

Jean-Yves Jaguin est en cuisine. Il a une étoile au Michelin depuis 1996 et est Maître-restaurateur depuis 2009. Il propose une cuisine raffinée, gouteuse et inventive, à la fois agréable à regarder et exquise en bouche.

Nous avons choisi un menu amical (à 49€). Il comprend deux séries d'amuses-bouches surprises, d'une entrée, d'un plat, d'un fromage et d'un dessert accompagné de mignardises. Les amuses-bouches offrent toujours une explosion de saveur. Il faut noter qu'à l'arrière de la maison se cache un jardin des herbes, où l'on peut admirer toutes les aromates qui assaisonnent les plats qui sont servis. En entrée, j'ai choisi l’araignée de mer décortiquée, chou fleur et brocolis, jus tiède de crustacé. Un vrai délice. En plat, l'agneau en deux cuissons, semoule de boulghour aux raisins de Corinthe, mini légumes croquants. L'agneau confit en particulier est un régal, et la semoule de boulghour était assaisonnée de façon tout à fait originale et inattendue. Après l'incontournable brie à la rhubarbe - spécialité de la maison, j'ai conclu le repas avec un tutti frutti aux fraises, léger et savoureux avec ses touches de basilic et de bergamote.

Une autre particularité de ce restaurant tient du fait qu'ils ne soient pas cachottiers. Ils font la promotion des petits producteurs locaux chez qui ils s'approvisionnent et n'hésitent pas à partager les secrets d'une recette avec vous.







la Ville Blanche
Route Lannion -Tréguier, Lannion (22300).
Réservation conseillée, au 02 96 37 04 28 ou  jaguin@la-ville-blanche.com
Formule menu de 33 à 75 euros.
www.la-ville-blanche.com

samedi 27 avril 2013

Derviches tourneurs au théâtre national de Chaillot

Dans le cadre de son festival Sur les Frontières, le théâtre national de Chaillot propose une cérémonie des derviches tourneurs soufi Mevlevi de Turquie.

Le rituel commence par une introduction musicale pour préparer à l'arrivée des "hommes-toupie" et à la danse elle-même appelée sema. Les derviches entrent dans l'espace scénique avec beaucoup de lenteur et en font trois fois le tour en s'inclinant face à celui qui est derrière eux, avant de reprendre leur déambulation. Ils s'alignent ensuite sur le bord du plateau, et laissent tomber au sol leur long manteau noir, dévoilant leur tenue blanche immaculée. Ils se mettent alors à tourner lentement d'abord bras croisés sur la poitrine puis de plus en plus vite, bras ouverts la main droite tournée vers le ciel pour récolter la grâce d'Allah et la main gauche tournée vers le sol pour la répandre vers les hommes. C'est vraiment un spectacle envoutant et impressionnant que de les voir tourner ainsi. La cérémonie se termine par une série de prières.

Les instruments qui accompagnent ce rituel sont une flûte ney, une cithare qanun, un tambour sur cadre daf et un luth tanbur interprété par le chanteur.

Voir une vidéo des Derviches tourneurs.

Le sema a été inscrit au  patrimoine culturel immatériel de l'humanité de l'UNESCO en 2008.

Malheureusement, hier soir à Chaillot je n'ai pas senti le public se laisser emporter par la magie de la cérémonie. Il est resté complètement décontenancé par le rituel qui accompagnait le sema lui-même, n'en ayant pas les codes. Un effort pédagogique à travers un programme de salle aurait été le bienvenu pour aider le public à entrer dans cet univers mystique.

Derviches tourneurs
le 27 avril à 15h et 21h30, 

au Théâtre National de Chaillot, Place du Trocadéro, Paris 16ème
Plein tarif 33 euros
Festival sur les Frontières
jusqu'au 28 avril 2013
www.theatre-chaillot.fr

mardi 23 avril 2013

Muqam des Dolan au Théâtre de la Ville

Deuxième spectacle dans mon abonnement au Festival de l'Imaginaire, j'ai pu découvrir hier le Muqam des Dolan.

Le muqam est la forme traditionnelle classique de la musique ouïgoure. Les Ouïgours sont une ancienne civilisation turque que l'on retrouve dans le turkestan chinois (région de Xinjiang) autours du désert du Taklamakan (nord ouest de la Chine). Vivant dans une bande verdoyante au bord du désert, les Dolan sont un sous-groupe ethnique ouïgure avec des origines mongoles. Le Muqam Dolan a été proclamé par l’UNESCO chef-d’œuvre du patrimoine culturel immatériel de l’humanité en 2005.


L'ensemble se compose de chanteurs solistes, muqamqi, et d'instrumentistes. Les instruments sont le rawap, luth à trois cordes, une vièle ghijak et une cithare sur table nommée qalun. Les chanteurs rythment la musique en frappant des dap, tambours sur cadre. Les chants tournent autour du thème de l'amour et sont lancés par le chanteur soliste. Chaque musicien interprète à sa manière une mélodie commune, ce qui donne une impression de discordance, mais c'est une choix voulu pour donner plus de profondeur à la musique. J'ai été en effet frappée de voir que chaque musicien semblait complètement immergé dans son monde, et pourtant l'ensemble restait en quelque sorte "harmonieux". Chaque chanteur, par exemple, frappait de façon à la fois similaire et différente sont dap.

Le dolan muqam est une musique très festive et réjouissante. Elle est donnée à l'occasion des événements heureux de la vie : mariage, récolte, circoncision... et s'accompagne de danses et des rituels (service du thé, jeux de l'époussetage). C'est une ambiance touchante et bon enfant qui se dégage et qui a bien été transmise hier à la salle du théâtre de la Ville, malgré un rapport scénique différent. 


 

Le Muqam des Dolan
concert enregistré par France Musique et diffusé le mercredi 26 juin à 22h30 dans l'émission "Couleurs du Monde". 
Festival de l'Imaginaire
du 20 mars au 29 juin 2013
www.festivaldelimaginaire.com

mercredi 10 avril 2013

Dynamo au Grand Palais

Plutôt en veine en ce moment - je devrais peut-être jouer au Loto - j'ai gagné, grâce à la RMN,  une invitation pour la soirée d'inauguration de l'exposition Dynamo : un siècle de lumière et de mouvement dans l'art 1913-2013.

Hier soir donc, vers 21h30 je me rapproche du Grand Palais. Ambiance dès l'arrivée, nous sommes accueillis par "une sculpture de brume" (émanant de la fontaine centrale) de l'artiste japonais Fujiko Nakaya.

A l'entrée, le visiteur est invité à télécharger l'application gratuite de l'exposition qui permet de réagir en temps réel. A la fin de l'exposition un grand mur diffuse les photographies et commentaires diffusés à travers l'application. Non testé, car je n'ai pas de smartphone.

Comme le dit le titre, l'exposition regroupe des œuvres qui interrogent les notions d'espace, de vision, de lumière et de mouvement depuis un siècle. Il s'agit pour la plupart d'installation immersives ce qui rend la visite très ludique et participative. L'exposition débute par une section sur les contemporains et se conclut avec des œuvres pionnières. Le premier étage est consacré à la vision, déclinée selon les thématiques suivantes : claire-voie, permutation, concentrique excentrique, interférence, immersion, distorsion, tactile, trame et battement. Le rez-de chaussé aborde la notion d'espace avec les concepts d'abîme, de nuée, de champs de force, de halo, d'espace incertain, de maelström et de céleste.

Comme la plupart des expositions aux Galerie Nationales du Grand Palais, il faut prendre son temps. En 1h45 de visite, nous avons parcouru le rez-de-chaussée au pas de course car le site fermait. C'est d'ailleurs très dommage que pour cette soirée d'inauguration nous ayons été invités aussi tard, le temps mis à disposition ne permettant pas de profiter pleinement de toute l'exposition. Surtout que de nombreuses œuvres ne sont "allumée" ou "activées" que par intermittence, ou ne sont autorisée qu'à une jauge restreinte de participants, ce qui augmente le temps de visite.

Ce que j'ai trouvé très intéressant, c'est que je pouvais à la fois être hypnotisée par une série de lignes serrées sur une toile et être emportée par la brume chromatique d'Ann Veronica Janssens (son installation immersive oblige à faire la queue car seules 12 personnes peuvent y accéder en même temps, mais ça vaut la peine d'attendre !). La création in situ de Felice Varini sur la colonnade du Palais est très réussie. Le labyrinthe interactif du collectif GRAV floute le rapport à l’œuvre, par sa ressemblance à une attraction de fête foraine (sentiment renforcé lors de ma visite car je suivais une bande d'adolescents qui semblaient explorer une maison hantée).

C'est un voyage riche en sensations dont j'ai pu profiter dans des conditions privilégiées (pas de foule), mais qui pose fortement la question de l'affluence. Quand les salles d'exposition seront noires de monde, le spectateur pourra-t-il vraiment se rendre compte de la diversité des effets visuels en se déplaçant devant une œuvre ? Ressentir le malaise, l'oppression provoqué par certaines installations ? Etre déstabilisé par des effets d'optique ? Et tout simplement participer comme cela est proposé ?

Avertissement : Certaines installations comportant des stimulations lumineuses fortes peuvent présenter un risque pour les visiteurs souffrant d'épilepsie.

Dynamo : un siècle de lumière et de mouvement dans l'art 1913-2013
au Galeries Nationales du Grand Palais, entrée Champs-Elysées, avenue du Général Eisenhower, Paris 8ème
du 10 avril au 22 juillet 2013, de 10h à 20h, nocturne le mercredi jusqu’à 22h. Fermé le mardi.
Plein tarif : 13 euros
Application gratuite téléchargeable ici
www.grandpalais.fr